Le dossier Driv3r (Driver 3)

Intro

Après un départ pris à toute allure par Driver 1 et un léger trébuchage de Tanner dans Driver 2, Driv3r revient le couteau entre les dents, et des armes plein les poches, pour mettre tout le monde d'accord. Mais y est-il arrivé ?

Un Driver parfait...

18 juin 2004 : le troisième opus de la série sort sur PS2 et Xbox, et la version PC n'arrive qu'une année plus tard, en piteux état (nous en reparlerons).
L'histoire commence à Istanbul avec une superbe cinématique montrant une voiture de police circulant dans les ruelles de la ville jusqu'à arriver sur le lieu d'une fusillade entre les forces de l'ordre et deux criminels. Tanner apparaît alors à la caméra, le regard impassible et le 9mm à la main, courant vers les deux individus en claquant une portière de voiture. Écran noir. Tanner se trouve maintenant à l'hôpital, en direction d'une salle d'opération où les médecins s'apprêtent à lui donner des soins.

Pendant que l'urgentiste vérifie ses pupilles, un autre patient entre dans la même salle d'opération. Tout à coup, les écrans de contrôle montrent un cœur qui ne bat plus et… On n'en saura pas plus pour le moment, le jeu se déroulant dans les 6 mois précédant la scène !

On plonge alors dans un Miami flamboyant, musique à fond les basses et Tanner à bord d'une voiture rutilante, retournant dans sa splendide maison en bord de côte. Vous l'aurez compris, Driv3r ne rigole pas avec son histoire et son ambiance et les cinématiques ne sont pas là pour le contredire. Celles-ci sont de toutes beautés, animées avec brio et bénéficient d'un doublage de qualité tant en VO qu'en VF. Priorité à la version originale tout de même avec des grands noms comme Iggy Pop (dont une des chansons fait partie de la Soundtrack du jeu), Michael Madsen, Ving Rhames, Michelle Rodriguez (vue dans Lost notamment) et Mickey Rourke.

Mapmonde de driv3r avec emplacement des 3 villes

Driv3r est ambitieux et ce ne sont pas ses caractéristiques qui nous diront le contraire. Trois villes (et non plus quatre comme sur PS1) sont de la partie : la très Américaine Miami, la Française Nice et l'exotique Istanbul. Un soin très particulier à été apporté à la reproduction de ces villes, avec pour objectif un réalisme poussé. On reconnaît ainsi les principaux édifices, l'architecture, l'ambiance et pour cause, un nombre incroyable de photos ont été prises par les développeurs lors de repérages (près de 90.000 !).

Vous évoluerez non seulement dans des lieux fidèlement reconstitués (mais adapté à l'univers vidéo-ludique bien sûr) mais aussi, évidemment, dans de nombreuses voitures. Avec ces soixante-dix véhicules, Driv3r propose une grande variété de moyens de transport, incluant des motos et des bateaux ! Ainsi, si Tanner vint à tomber dans l'eau, que cela soit voulu ou dû à un accident de la route, il ne mourra plus comme c'était le cas dans Driver 2 mais il pourra très bien se mettre à nager, encore une des nouveautés.

Ce premier Driver sur la génération 128bits (PS2 et XBOX) fait du bien à Tanner qui se retrouve doté de nouvelles capacités lors de ses escapades piétonnières. En effet, il peut maintenant nager (comme évoqué juste au-dessus), mais aussi sauter, s'accroupir, faire une roulade, monter aux échelles, s'éjecter de sa voiture même à pleine vitesse et surtout utiliser des armes ! Vous aurez d'ailleurs tout de suite l'occasion d'essayer vos armes dans la toute première mission du jeu qui se veut un exemple parfait d'alchimie entre phases à pied, conduite et utilisation d'armes à feu.

Tanner possède maintenant un arsenal conséquent allant du Pistolet 9mm (avec ou sans silencieux) au lance-grenade en passant par une mitraillette ou un uzi. Toutes ces armes se débloquent au fur et à mesure de votre avancée dans l'aventure et des missions réussies, ce qui devrait vous prendre une quinzaine d'heures, la moyenne des jeux de l'époque. Mais après la fin de l'histoire , il vous reste encore beaucoup à faire.

Vous avez à votre disposition une multitude de mini-jeux : échapper le plus vite possible à une voiture de police, tenir le plus longtemps sous les assauts répétés des forces de police (le célèbre mode survie) ou encore achever un parcours où vous devez passer entre des cônes sous peine d'échecs… Ces mini-jeux vous proposent donc à chaque fois d'établir un temps de référence que vous vous devrez d'essayer de battre après, ce qui peut devenir très vite addictif. Le mode libre vous permet de vous balader librement dans les trois villes du jeu, en ayant choisi au préalable votre véhicule, votre point de départ (au nombre de 3 par ville), la météo (plein soleil, couvert, pluie) et l'heure de la journée (aube, jour, soirée et nuit), vous pouvez donc vraiment customiser votre partie ! Dans ce mode, vous pouvez aussi rechercher les voitures cachées dans la ville et qui seront alors ajoutées à la liste des véhicules que pourrez choisir en début de partie.

Mode replay de Driver 3

Mais ce mode libre (et les autres modes de jeux) ne serait pas aussi fun à jouer s'il n'y avait pas un élément capital qui est un des piliers de la série : le mode Replay. Ainsi, après une bonne course-poursuite avec la police, vous pouvez en faire un film ! Pendant que vous effectuiez vos péripéties avec les flics, le jeu s'est occupé d'enregistrer tous vos faits et gestes ainsi que ceux de vos partenaires et vous permet de sauvegarder le tout sur une Memory Card. En plus de cela, en reprenant le principe du mode Replay de Driver 1 et 2, vous avez la possibilité de changer les plans de caméras, de ralentir la scène, de cadrer sur le poursuivant, bref vous avez le contrôle. Il est d'ailleurs intéressant de rechercher les fan-movies réalisés avec cet outil sur internet, nous vous conseillons les réalisations de Postscriptom, un membre actif du forum.

... si il avait été fini

Alors, ce Driver serait-il parfait ? Il pourrait l'être à la lecture de ce texte qui énonce toutes les nouveautés, les possibilités mais tel le slogan du jeu « Good, Bad, Both » (que l'on peut traduire par « Bon, Mauvais, les Deux »), Driv3r possède son lot de défauts. A commencer par la posture globale de Tanner : raide et peu naturelle. Et ce n'est pas le seul car tous les protagonistes du jeu (les policiers, les criminels et les piétons) possèdent ce syndrome étrange dit du « balai-dans-le-cul ».

Chaque ville proposant une aire de jeu colossale ainsi qu'une modélisation de qualité et les limitations techniques des consoles aidant, le nombre de véhicules affiché à l'écran est ridicule et il est courant de marcher quelques centaines de mètres avant de récupérer une voiture.
L'intelligence artificielle des policiers est elle aussi limitée, ils auront souvent tendance à foncer d'eux-mêmes dans le décor sans que vous n'y soyez pour quelque chose. On notera aussi un spawn étonnant de policiers à pied sur les trottoirs, ce qui devient pénalisant car ceux-ci étant armés et vous tirant dessus, votre voiture ne fera pas souvent long feu en mode survie.

Enfin le jeu comporte un nombre très important de bugs allant de vos partenaires un peu bêtes fonçant dans un mur, ou pire des bugs de script compliquant le bon déroulement d'une mission. Quand on sait que celles-ci peuvent être longues en avoisinant la demi-heure et qu'elles n'ont presque pas de checkpoint, devoir les recommencer depuis le début peut s'avérer décourageant.

Tous ces défauts s'expliquent par le manque de temps accordé aux développeurs pour terminer correctement leur jeu, ayant été de nombreuses fois retardé. Atari, alors éditeur du jeu faisait à l'époque beaucoup de promotion et la pression de la sortie précipita les développements. Un patch sortie sur PC mais à l'époque, les jeux PS2 et Xbox n'était plus corrigeable après leur sortie. Entre Driver 2 et Driv3r c'est 4 années qui se sont écoulés, à savoir les premières années étaient grandement destiné au développement du moteur 3D (qui à été testé avec le jeu Stuntman en 2002).

Dans les bons points il faut donc noter les graphismes, à la hauteur des consoles du moment. On note aussi la chasse aux dix Timmy Vermicelli cachés dans chaque ville (une des seule activité agréable à pied). Ceux-ci sont lourdement armés et possèdent une vie assez conséquente. Si vous les tuez tous, un lieu vous sera indiqué sur la carte et quand vous vous y rendrez, vous débloquerez des modes de jeu spéciaux. Timmy Vermicelli, ce nom vous dit quelque chose ? C'est normal si vous avez joué à GTA : Vice City ! Le héros s'appelle Tommy Verceti et son apparition dans Driv3r est une petite pique à l'égard de Rockstar, ces deux bouées aux bras faisant référence au fait que Tommy Verceti ne sait pas nager.

Un accueil mitigé

Terminons avec l'accueil de la presse, les ventes et la publicité. Atari étant dans une situation financière assez catastrophique à l'époque et misant beaucoup sur Driv3r pour se relancer, la couverture médiatique fut convaincante avec une multitude de trailers, d'artworks, de publicités dans tous les médias possibles… Même un court-métrage intitulé « Run The Gauntlet » et disponible.

D'ailleurs, juste pour dédouaner les développeurs, c'est Atari qui à forcé le nom "Driv3r". Reflections ayant toujours nommé son jeu "Driver 3".

Toute cette publicité ne suffisa pas à masquer les défauts du jeu et l'accueil de la presse ne fut pas très chaleureux. Eux aussi relevaient les très bonnes qualités du jeu tout en s'attristant du rapprochement de Driver avec GTA et bien sûr de tous les défauts énoncés dans ce dossier. Il termina donc avec 57% sur Metacritic pour la version PS2/Xbox et 40 pour la version PC (qui est plus de sortir en retard, se targue d'encore plus de bugs techniques et d'une optimisation à la ramasse).

Ces mauvaises critiques n'empêchèrent pas le jeu de bien se vendre, très certainement grâce à la publicité dont il a fait l'objet, étant plusieurs semaines de suite 1er des ventes en France par exemple.

Driv3r n'est donc pas la consécration attendue de la série mais plutôt une énième chute vers les enfers, déjà amorcée par Driver 2. Cet épisode sonna le glas de la popularité de la série. Martin Edmondson laissa même sa place à la tête du studio à son frère Gareth - qui réalisera Driver Parallel Lines en 2006 (pour reprendre la tête du studio après le rachat d'Ubisoft).

Image Jaquette de driv3r

Dossier écrit par Vortex, membre de la communauté Driver !